L'épreuve d'EOD, ou d'Epreuve Orale sur Dossier, est sans conteste une des épreuve les plus difficiles de l'épreuve orale. En épreuve de montages, on peut râter une expérience, sortir un résultat à l'ordre de grandeur original, blesser un membre du jury ou encore flinguer une ECS en la plaçant dans une solution d'ions argent. Mais l'avantage de l'épreuve de montages, c'est qu'on connaît le sujet à l'avance !
Ce qui n'est pas le cas de l'épreuve d'EOD. Ajoutons que s'est créée une véritable omerta autour du formalisme de l'épreuve, et il est bien difficile, aux dires des formateurs IUFM, de mettre le feu à leur langue de bois et soutirer quelques informations lors des réunions d'information en présence de la direction du concours.
Que reste-t'il au candidat moyen qui passe pour la première fois cette épreuve pour se préparer?1/ Assister à sa formation IUFM
C'est évident, mais uniquement si celle-ci est de bonne qualité.
Pour se faire, assurez-vous dès le début d'année que le(s) formateur(s) qui vous encadre s'est déplacé récemment aux oraux. Si ce n'est pas le cas, autant économiser les tickets de bus ou l'essence pour se payer quelques nuits d'hôtel parisiennes en plus.
Il semblent que beaucoup de formateurs inexpérimentés (c'est à dire n'ayant jamais pris le train pour Paris. L'inexpérience, c'est le terme pour incompétence en bon français de bois) imaginent que l'épreuve d'EOD est une épreuve de didactique, censée démontrer à un jury la capacité d'un candidat à enseigner. C'est faux.
Une épreuve d'EOD est composée de deux parties : 30 min de présentation où le jury se tait et 25 min de questions où le jury parle. Le candidat s'est vu remettre au cours de ses deux heures de préparation un "dossier". N'imaginez pas que ce "dossier" soit une jolie pochette de documents, en carton, avec plein de photocopies sous plastique agraphées entre elles. C'est seulement deux pages format A4 qui précisent :
- le niveau à considérer
- le thème sur lequel doit porter la séquence de cours
- le travail à fournir
Il y a toujours une séquence de cours dans les EOD (en tout cas dans 100% des EOD dont on m'a parlé et auxquels j'ai assisté). Une séquence de cours n'est pas un plan de séquence, même détaillé. C'est un
vrai cours, qui doit rentrer dans la demie heure de présentation. Certains sujets sont tels qu'il faille faire des choix. Rien n'empêche le candidat d'indiquer, en début de son EOD, qu'il considère telle ou telle partie comme préacquis, c'est à dire traité dans le cours précédent.
Deux philosophies s'affrontent : le tableau noir vs le transparent.
- Tableau noir
Personnellement, j'ai toujours effectué mes EOD de cette façon. Le cours se fait au tableau, en direct. Le souci, c'est de s'appliquer, de ne pas faire de fautes, d'essayer de parler sans ses notes. Le résultat quand c'est réussi fait bien sûr sauter les barêmes, puisque c'est le travail d'un prof qui est ébauché de cette manière.
Il est recommandé de prévoir les schémas plus complexe sur transparents. De cette façon, le schéma est clair et propre, et surtout, le communicant se déplace et occupe de cette façon l'espace. En changeant de support, c'est à dire en passant du tableau au rétroprojecteur, le candidat focalise l'attention de son public. Il devient omnipotent, et captive son auditoire.
- Transparents
Le cours est rédigé pendant la préparation sur transparents. Le candidat a le sentiment d'être sur des rails et se sent la possibilité d'aller plus loin. Selon moi, c'est le danger. Je ne crois qu'il faille vouloir absolument en traiter le maximum. Seulement, il faut faire preuve de talent de communicant et de pédagogue. Aligner des transparents dans un mouvement très répétitif endort un public.
En plus de la séquence de cours, le sujet propose un travail supplémentaire. Comment intégrer ce travail ? La première réponse, en tout cas celle qui vient aux agrégatifs ou aux candidats libres qui n'ont jamais vu d'EOD, est de commencer par ce travail. Je ne crois pas qu'il y ait de stratégie derrière ce comportement assez bizarre. Le public ne comprend pas vraiment pourquoi on commence par ce qui ressemble la plupart du temps à une application du cours (mais pas toujours) avant... Le cours ! A mon avis, cela vient de la façon dont est posée le sujet. En effet, le sujet indique le niveau blabla vous présente le document blabla et dit en dernier lieu "vous présenterez une séquence de cours sur le thème blabla". Tout naturellement, les candidats non préparés respectent cet ordre (quand ils n'oublient pas tout simplement de faire une séquence).
Y-a-t'il une solution miracle ? Aucune, mon ami ! Le top du top, c'est d'intégrer le travail demandé à la séquence de cours. Par exemple, si la séquence de cours porte sur les dérivés d'acide au niveau BTS et que le travail demandé est une grille d'évaluation sur la synthèse du paracétamol, plutôt que de faire cours puis TP, pourquoi ne pas intégrer le travail dans une sous partie consacrée aux amides ? Puis conclure le cours en même temps que l'EOD. Ni vu ni connu, une belle épreuve cousue délicatement du fil de la réussite (la poésie n'est pas conseillée le jour de l'épreuve car les artistes ne servent à rien sont des clochards).
Plusieurs types de travaux peuvent être demandés :
- Correction commentée d'un exercice et mise en évidence des difficultés élèves
- Etablissement d'un grille d'évaluation de TP
- Rédiger des questions à partir d'un protocole
- ... Consulter le libellé EOD de chimie ou de physique pour d'autres exemples.
Assister à sa formation permet de développer de façon considérable ses capacités à communiquer. Il faut se battre pour passer le plus souvent à l'oral, s'entraîner à préparer des EOD etc... Et quand la fin de l'année approche, ne reste qu'à acheter un billet de train pour vérifier que la formation correspondait aux attentes du concours...
2/ Assister aux épreuves en tant qu'auditeur
Pour cela, il faut avoir prévu l'hôtel ou l'hébergement chez les cousins qu'on voit qu'à Noël. Les épreuves se déroulent demi-juin jusqu'à mi-juillet. Il faut arriver en avance le matin ou l'après-midi, au lycée Saint Louis si l'auditeur souhaite auditer de la chimie, Charlemagne si on souhaite auditer de la physique. Cette année, il fallait arriver à 8h20 le matin et 13h30 l'après midi, si je me souviens bien.
On peut assister à une série de 2 EOD + 2 montages par demie journée, sachant que le maximum est de deux demies journées dans chaque matière et par auditeur (soit 4 demies journées en tout)
Personnellement, je suis allé voir les épreuves la semaine avant
mon propre passage. Cela permet de faire flamber son ego, de se rassurer sur le niveau navrant du reste des candidats voire de s'habituer au jury. Car ils ne sont pas un nombre infini, une petite quinzaine tout au plus (12 est le chiffre officiel, à vérifier). On peut donc, et cela m'est arrivé, tomber sur un jury qu'on a déjà vu à l'oeuvre. Cela rassure énormément, et entendons-nous bien : si le candidat reconnait le jury, c'est vrai dans l'autre sens. Cela ne peut faire que bonne impression.
De plus, on vérifie par cette méthode que la formation reçue dans son IUFM correspond aux attentes du concours. Croyez-moi, ce n'est pas évident. Lors de mon premier passage du CAPES, j'ai appris ce qu'était un EOD la veillle, parce qu'énervé d'avoir planté mon épreuve de montages, j'ai trainé en auditeur dans les couloirs de Saint Louis. C'est là que j'ai découvert qu'il fallait faire un vrai cours et non un plan détaillé comme on nous avait indiqué tout au long de l'année. C'est là aussi que m'est venue l'idée de publier ces petites réflexions sur un blog... Mais c'est une autre histoire.
3/ Les cours particuliers
Le jury d'EOD comporte parfois un inspecteur. Qui dit inspecteur dit questions sur le programme. Par exemple :
Vous nous parlez d'optique en première S, mais dites-moi, quand les élèves commencent-ils à parler d'optique ?
On peut bien-sûr apprendre les
programmes par coeur. Doté d'un cerveau et démis financièrement, l'idée des cours particuliers s'impose. Ainsi, on bosse l'ensemble d'un programme sans s'en rendre compte. C'est très efficace. Avec un peu de chance (je parle d'expérience) on arrive à avoir un seconde, un première S, un terminale S, un STL et un BTS et ce en une année ! Rien qu'avec un seul élève de cet échantillon idéal, on évite ainsi la lecture d'un beau paquet de tableaux illisibles. C'est en rien négligeable. Ajoutez à cela la rétribution assez excellente pour des poches vides d'étudiant, et vous obtenez l'astuce du siècle pour réussir son CAPES en participant à l'inflation !
Trois choix sont offerts au futur prof particulier :
- Les organismes spécialisés (Acadomia, Complétude, ProfAssistance...)
Pour les parents, c'est l'aubaine. Pas de petites annonces à feuilleter, plus d'angoisse de tomber sur un arabe ou un clochard, l'assurance d'avoir le meilleur des meilleurs (c'est écrit sur leur site) etc. Car Acadomia et consorts se chargent se recruter l'étudiant conforme à vos critères. Dans la réalité, c'est tout le contraire. En tant que futur prof de physique, je me suis vu proposer des cours de maths niveau terminale. C'est affligeant, parce que je ne connais pas les programmes et que j'ai des lacunes qui se sont creusées au fil de mes années physiciennes. Peu importe pour Acadomia. Personnellement, j'ai refusé ce genre de proposition, mais combien dans le besoin acceptent ?
Et puis parlons rémunération. Un terminale S se verra facturer 36 euros l'heure de cours. L'étudiant qui a servi de professeur se verra reverser la moitié ! Où est parti le reste ? Qui a fait le boulot ? Ah oui, il faut payer les compagnes de pub monstrueuses qui font croire qu'on fera de leur gosse en VANS des Victor Hugo...
Je ne vais pas cracher dans la soupe. Les organismes sont un bon moyen pour débuter son activité de cours particulier. Y rester un an, puis fuir et passer par des chemins parallèles plus rémunérateurs semble le comportement le plus sage. Parce que même si Acadomia n'est que prestataire de services, ces gens (les "conseillers pédagogiques") se la jouent petits chefs. Alors qu'ils n'ont rien à dire. Il n'y a aucun lien de hiérarchie avec les étudiants qu'ils recrutent. Seuls les parents sont les patrons.
- Petites annonces
Le travail au noir est interdit. S'il était permis, je pense qu'il serait légitime qu'un étudiant PLC1 motivé demande 15 euros de l'heure s'il n'a pas à se déplacer, et 18 s'il doit prendre sa voiture pour se rendre chez son élève. Mais le travail au noir est interdit !
Par contre, il existe un système de chèque emplois service (CESU) qui permet de travailler tout en étant déclaré. Vus les volumes horaires, ce système n'apporte aucun avantage par rapport au travail au noir qui est interdit. MAIS, il permet de légitimer des petites annonces sur internet ou les journaux de petites annonces du coin. Le candidat au professorat à domicile peut même indiquer ses tarifs. Si par malheur la famille préfère le liquide, les tarifs restent les mêmes. Si messieurs de la police se renseignent, ce ne sont que les tarifs "chèque emploi service". De toute façon, le travail au noir, même dans ce domaine, est interdit par la loi.
Pour les parents, les petites annonces apportent autant de garantie qu'un pseudo recrutement Acadomia. Sauf que là, c'est eux qui font passer l'entretien, c'est eux qui doivent prendre la décision d'arrêter les cours ou de renvoyer définitivement leur salarié. Un pas que beaucoup de familles bourgeoises peinent à faire, et qui font la fortune de ces organismes. (NDLR : il est évident qu'il y a un marche à prendre : le cours particulier prolétaire. Si tu est intéressé, contacte capesphysiquechimie@gmail.com )
4/ L'ouvrage
| Un singulier ouvrage. Attention à ne pas se faire piéger par les anciens ouvrages d'EOD, qui ne correspondent pas aux épreuves actuelles. Le seul, à ma connaissance, et qui sert autant pour l'épreuve de montages que d'EOD, est 750 questions d'oral : Montages - Leçons épreuves orales sur dossier pour le Capes et l'agrégation de sciences physiques . Une petite astuce, c'est de l'acheter d'occasion et de le revendre après. D'ailleurs, ce conseil est valable pour tous les ouvrages qui seront présentés sur ce blog. Cet ouvrage permet de rappeler que l'épreuve d'EOD est une nouvelle épreuve de connaissances,présentées à l'oral cette fois. Rien à voir avec ce qui est décrit dans les textes...
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